Histoire du cinéma

L'histoire du cinéma à Fosses

Un thème qui n'a jamais été véritablement abordé dans notre journal est cette évolution du cinéma dans notre cité. Cette merveilleuse invention des frères Lumière, qui date de 1895, a été perçue comme une véritable révolution et a contribué à assurer les divertissements de centaines de millions de gens de par le monde, depuis plus de cent ans aujourd'hui. Le cinéma a aussi créé une vaste industrie mondiale qui se concrétise, aujourd'hui, sous une forme davantage marquée à la télévision, qui reproduit des films et des séries à profusion.

Il existe dans notre pays des nostalgiques du cinéma. Comme pour d'autres loisirs, ils se regroupent pour échanger leurs connaissances et leurs idées. C'est ainsi qu'un ancien Fossois, ancien gérant du Cinéma Moderne de Fosses, fait partie d'un cercle intitulé « Les Amis du Cinéma » et nous a proposé d'apporter toutes ses connaissances dans ce domaine et nous sommes ainsi heureux de pouvoir vous présenter au cours des prochaines semaines, le fruit de ses recherches, car on sait que Fosses, comme la plupart des localités dans les années d'après-guerre surtout, possédait sa salle de cinéma avec des séances hebdomadaires, tandis que les cinémas de grandes villes fonctionnaient tous les jours.

Dans cette évolution du cinéma, Fosses ne fut pas en reste car la toute première séance cinématographique chez nous, eut lieu le dimanche 7 mars 1897, dans la salle de l'école Saint-Feuillen, deux mois à peine après les premières représentations données à Paris et Bruxelles. Nous en avions déjà parlé dans notre journal, dans la chronique « Il y a 100 ans », mais il est intéressant de reproduire cet article du Messager de Fosses qui annonçait, avec grand fracas, cette « heureuse nouvelle ». C'est sans doute par une relation privilégiée, qu'un ingénieur électricien, M. Schram, vint spécialement de Bruxelles avec tous son appareillage, pour présenter au public fossois ces « projections photographiques vivantes », comme le cite notre journal. Voici ce que l'on trouve à ce propos dans le n° 7 du 14 février 1897 : « Nous avons lé plaisir d'informer nos lecteurs qu'une brillante soirée sera donnée le dimanche 7 mars au local des Ecoles Saint-Feuillen. Le Cercle Concordia a voulu bien faire les choses, il a engagé M. Schram, ingénieur électricien à Bruxelles pour donner une séance de cinématographie ou projections photographiques vivantes. Le cinématographe est d'invention toute récente et il y a deux mois à peine qu'on peut l'admirer dans notre capitale : C’est le succès du jour, c'est Bruxelles-attraction et Fosses sera la ville de province qui, une des premières, pourra jouir de ce ravissant spectacle. Cet appareil permet, par une succession très rapide de projections lumineuses de reproduire devant les yeux du public, des scènes passées, avec tous leurs détails, leurs moindres mouvements simulant une telle réalité que dans la représentation d'une charge de cavalerie par exemple, lorsqu'on voit dans le lointain arriver un escadron de cuirassiers, se rapprochant à une vitesse vertigineuse, au grand galop, des chevaux nasaux fumant, et que l'on voit les sabres tournoyer dans les airs, on est vraiment impressionné et l'on recule instinctivement de peur que ces fougueux coursiers ne fassent irruption dans la salle. On représente, entre autres scènes, les principaux épisodes du voyage du tsar en France et l'on peut contempler le cadre russe qui s'avance majestueusement devant Cherbourg. ».

On devine l'effet que cette présentation devait provoquer dans le public qui assistait pour une première fois à une telle représentation. On sait que lors de la première projection publique de l'invention des frères Lumière, le 28 décembre 1895 à Paris, où l'on voyait l'entrée d'un train dans la gare de La Ciotat, les spectateurs furent un moment terrorisés !

Dans le numéro suivant, Le Messager annonçait de nouveau cette séance, soirée au cours de laquelle le Cercle présentait trois comédies avec quelques chansonnettes du chanteur fossois M. Jossart (pharmacien/. Le journal parle de cet « incompréhensible » appareil, une merveille devant laquelle nous verrons des pupilles se dilater et bien des bouches s'entr'ouvrir pour l'extase ».

Et plus loin : « Beaucoup d'étrangers viendront à Fosses ; on commencera le concert vers 5 heures, de sorte que tout sera fini pour le train de 10 heures vers Tamines. Vers Mettet, les personnes seront aussi satisfaites car les projections dureront une heure et demie et seront terminées pour le départ du train vers 7 heures 10. »

L'événement est annoncé une troisème fois dans Le Messager n° 9 du 28 février 1897 : « Le succès du concert du 7 mars est définitivement assuré. Le Cinématographe fait l'objet de toutes les conversations : c'est incompréhensible, c'est merveilleux, c'est féerique nous disent les quelques rares personnes qui ont eu l'heureuse occasion de pouvoir admirer l'effet de ces projections vivantes. L'idée d'aller voir cette merveille fait traînée de poudre. Aussi, les cartes s'enlèvent rapidement; On est surpris des demandes qui viennent de l'étranger ».

Dans le n° 10 du 7 mars, Le Messager reproduit de nouveau l'annonce de cette soirée exceptionnelle.

Et enfin, dans le numéro suivant, les impressions des spectateurs « jamais nous n'avions vu autant de monde se presser dans le local des écoles Saint-Feuillen. Le cinématographe n'a désillusionné personne. L'enthousiasme était à son comble, l'admiration était peinte sur toutes les figures. Un seul mot s'échappait de toutes les bouches : c'est trop court.

Nous avons vu, la semaine dernière, qu'une première séance de cinéma avait déjà eu lieu à Fosses en 1897, deux ans seulement après la toute première représentation à Paris et deux mois après Bruxelles.

Il est probable qu'au cours des années qui ont suivi, des séances cinématographiques eurent lieu, occasionnellement sans doute, à Fosses ou dans les environs. Il eut fallu, pour s'en assurer, éplucher toutes les collections du Messager, depuis 1897, pour s'en assurer.

Un vieux Fossois se souvient -alors qu'il avait 5 ou 6 ans vers 1932 ou 1933 - d'une séance qui avait eu lieu au Cercle catholique (actuellement La Posterie) tenu alors par Victor Biot et son épouse, d'un film qui l'avait impressionné, où l'on voyait dans une maison inondée, un petit garçon perché sur la table, qui regardait, horrifié, le niveau de l'eau qui montait, le menaçant de noyade.

En 1938, une séance de cinéma était annoncée à l'Ecole Moyenne de Fosses, sans autre précision (Le Messager n° 4 du 23 janvier 1938).

Le Cercle des Familles, place du Marché, projetait le 20 mars 1939, le grand film « Les Misérables » (Le Messager n° 13 du 20 mars 1939).

Il y a eu sans doute, d'autres séances qui se donnèrent de temps à autre, car progressivement, le cinéma s'implantait partout. Certains particuliers possédèrent même des projecteurs, avec petite manivelle et des petits films, pour passer agréablement les soirées, mais ces films coûtaient cher et il n'existait pas de moyens d'échange.

Il s'agissait à cette époque, bien sur du cinéma muet, le texte des paroles, très succinctes, étant insérées de temps à autre entre les scènes, pour la bonne compréhension du film.

Entre les deux guerres, des salles de cinémas se sont ouvertes progressivement, dans les grandes agglomérations et comme ce nouveau divertissement attirait de plus en plus, des exploitants vinrent aussi s'installer dans les plus petites localités, lors de fêtes, et parfois y restaient plusieurs mois. C est ainsi que chez nous, place du Chapitre, un cinéma ambulant vint s'installer, en 1938. Il s'agissait du Cinéma Carême. L'installation était sous chapiteau, sorte grande tente, avec de simples banquettes pour le public s'asseoir. Les bancs étaient placés en escaliers, de façon à permettre à tous de voir l'écran. Cinéma parlant, déjà, ce qui fit son succès. Ont été présentés, notamment, les films "Le Prince et le Pauvre" (film de capes et d'épées, avec Errol Flynn) Ça colle (avec Fernandel), un film comique ou Bach et Fernandel sont occupés à tapisser une pièce, barbouillant le tapis des deux côtés, tapis qui restait collé au dos de Fernandel qui s'était appuyé au mur ; et aussi Les Rois du Sport, avec Fernandel encore.

Mais, une nuit d'hiver, il avait fortement neigé et une couche épaisse recouvrait les bâches du chapiteau et le toit de l'église au pied duquel était installé le cinéma. Lors du dégel, la neige dégringola sur les bâches qui cédèrent, ainsi que les piquets et le cinéma Carême disparut. Le pauvre homme avait, en quelques secondes, perdu son gagne-pain. (rens. recueillis par M. Georges Coulon, de Montignies-sur-S). M Carême était un homme très chaleureux, qui portait une petite barbiche.

Les exploitants de ces cinémas ambulants étaient le plus souvent des forains. Ainsi, lors de la fête à Bambois, un cinéma ambulant venait s'installer régulièrement dans une pâture de la rue du Grand-Etang ; c'était le cinéma Leroux, qui présentait le plus souvent des films cow-boy.

A Bambois toujours, un cinéma ambulant fonctionna un peu avant la guerre et y resta pratiquement toutes les années de guerre, sur la Place de l'Eglise ; c'était le Cinéma Pepino (dont l'épouse était Palmyre Léonard, (foraine, originaire de Pontaury). Il assurait des projections hebdomadaires et même parfois en semaine. Aux entractes, on vendait des nougats, très appréciés à l'époque !

Aisemont eut aussi son cinéma ambulant qui y resta une partie de la guerre. C'était le Cinéma appelé Bouboule (propr. Jean Debecker ; Bouboule était le surnom donné en raison des rondeurs de Madame). Mais il n'avait pas grand choix de films et avec la concurrence du Cinéma Moderne à Fosses, il dut abandonner.

Vitrival eut aussi ses séances de cinéma hebdomadaires, à la salle Les Echos (louée par un monsieur de Presles), cela avant la guerre. Ce cinéma était sonore ; et là aussi, on vendait des nougats aux entractes.

De plus en plus, le cinéma enchantait les foules. Pour voir un film dans une salle convenable, on devait se rendre en ville, où l'on passait déjà des films parlants. (Signalons que le premier film parlant

Le Chanteur de jazz, film américain, fut présenté en Amérique, en 1927). Mais pour aller en ville, les moyens de locomotion n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. On devait prendre le train pour Namur ou Charleroi, ou aller en vélo ; C’était tout une expédition. Tamines (où il y eut un moment trois cinémas) était sans doute en avance sur nous dans ce domaine, mais on n'en sait pas plus.

A Fosses, René Mathieu et son fils Maurice avaient un projet en tête, celui de construire à Fosses une salle de cinéma. En attendant cette possibilité, ils utilisèrent assez régulièrement la salle du Café du Tribunal, tenue par François Collin (actuellement Clos Saint-Feuillen). Ce café disposait d'une vaste salle où se jouaient des pièces de théâtre et où l'on dansait les jours de kermesse.

Une reproduction d'affiche d'un grand film à succès passé au Cinéma Carême, en 1938 : Le Prince et le Pauvre (photo prêtée par M. Octave Renard, de Spy († 28-10-2002)

Nous sommes un peu avant la guerre ; le cinéma fascine et l'on commence à voir se multiplier les salles de cinéma en ville, alors que les plus petites localités, doivent se contenter du passage de chapiteaux itinérants, ou de la présentation de films, dans des salles existantes. Il était certain qu'une salle de cinéma, bien conçue et donnant des séances hebdomadaires à Fosses devait connaître le plein succès. C'est ce que M. René Mahieu et son fils ont compris et ont donc envisagé la construction d'une salle à Fosses.

M. Georges Viroux, propriétaire d'un atelier de menuiserie, situé rue de Bruxelles a vendu, un peu avant la guerre, à M. René Mathieu, un terrain situé en face de son atelier, pour y construire une salle de cinéma. La construction eut lieu en 1939 et l'inauguration du « CInéma Moderne » se fit le samedi 4 novembre 1939, avec la présentation du film « Nitchévo ». La reproduction de la publicité de ce film, parue dans « Le Messager » de l'époque (voir reproduction ci-dessous), nous indique que cette salle n'avait rien à envier aux meilleurs salles du moment et garantissait une projection et une compréhension parfaites. En effet, la construction de cette salle répondait aux exigences d'une remarquable sonorisation pour l'époque ; elle était pourvue du chauffage central, toilettes et un balcon. L'entrée était spacieuse ; la vente des tickets était assurée par Mme Mathieu elle-même qui, à l'entracte, vendait aussi des bonbons dans sa cuisine. La salle, en pente douce, comportait 400 places avec strapontins, de même qu'au balcon, où généralement les places étaient un peu plus chères. A l'arrière (accès par la rue des Tanneries, M. Mathieu avait prévu un garage pour les vélos (les spectateurs des villages ou hameaux se rendaient bien sûr en vélo et non en voiture à l'époque.

Le premier film donc, Nitchevo, avec Harry Baur et Marcelle Chantal, était un film français de 80 minutes. Un film-catastrophe avant la lettre qui mêle un drame maritime à une variation sur l'éternel trio, le mari, la femme et l'amant : Thérèse Sabianne, au passé agité et tourmenté a trouvé une vie sereine auprès de son mari, le Cdt Cartier, mais voit son bonheur troublé par son ancien amant qui la menace de chantage. Cartier soupçonne sa femme de s'éloigner de lui. Survient alors le clou du film : le sous-marin est envoyé à 60 m de fond par d'impitoyables trafiquants d'armes. L'équipage est menacé d'asphyxie... Tout s'arrange, l'équipage est ramené à la surface. Thérèse retrouve son mari et la paix intérieure. Ce film eut une version muette 'en 1936, avec Charles Vanel.

Le programme de cette première semaine, présentait un second film :Danseuse des rues.

Survint alors la guerre, avec sans doute quelques semaines de suspension, nécessaires à une réorganisation du pays, tant dans les loisirs que dans le travail. Dès lors, la direction du Cinéma Moderne dut se plier aux programmes de films imposés par l'occupant. Plus question de passer des films venant d'Angleterre ou d'Amérique. La plupart étaient des films français, allemands, parfois de propagande, et en ouverture, les actualités qui ne montraient que les beaux côtés de l'armée allemande et de ses victoires.

Un Fossois nous rappelait que, systématiquement, lorsque les actualités étaient présentées, on entendait fuser les « t'as minti ! » dans la salle. Un soir, nous dit R.V., alors que j'avais crié tant et plus des « t'as minti ! » au cours des Actualités, j'ai constaté que non loin de moi, était assis un soldat allemand!

Généralement, le Cinéma Moderne proposait trois séances : une le samedi soir, deux le dimanche l'après-midi et le soir. A chaque fois, la salle était comble. Il faut rappeler qu'en temps de guerre, les loisirs étaient rares, les bals et les fêtes non autorisés ; le public se retranchait donc sur le cinéma qui connaissait son grand essor. De plus, les gens venaient de tous les villages environnants, qui ne disposaient pas d'un cinéma : de l'entité actuelle, mais aussi de S-Gérard, Lesve, Floreffe et d'ailleurs. Souvent, des places assises manquaient et les retardataires assistaient aux séances debout, sur les côtés.

Dans le couloir d'entrée du cinéma, des affiches de films étaient fixées tout le long du mur. M. Mathieu annonçait, à l'entracte, sans micro, le film de la semaine suivante. Il faut dire qu'il disposait d'une clientèle fidèle qui, chaque semaine, ne manquait pour rien sa soirée cinématographique.

En construisant une salle de cinéma en 1939 (à un bon moment pour la construction, on peut affirmer que M. Mathieu eut le nez fin et que, malgré la rareté de ce produit en temps de guerre... il fit son beurre ! Un investissement très vite amorti.

L'affiche du film « Nitchevo », 1er film présenté au Cinéma Moderne lors de son inauguration le 4 novembre 1939.

Dans l'article de la semaine dernière, nous avons omis de signaler la source de certaines informations fournies par « Les Amis du Cinéma ». Nous parlions notamment du premier film, passé lors de l'ouverture du Cinéma Moderne « Nitchevo ». Le texte du scénario du film est raconté par Sacha Evrard, d'Esneux ; cliché et documents ont été apportés par Marc et Henri Mascaux, d'Herstal.

Un film qui a fait courir les foules, fut « Lumières de Paris » avec Tino Rossi, le chanteur de charme qui faisait à cette époque chavirer bien des cœurs : L’homme à la voix d'or On se souvient aussi des films L'Etoile de Rio, Une Nuit en Mai, La Tosca, Bel Ami, Cora Terry, Le Maître de Postes, Couronne de Fer, La Ville dorée (1er film allemand en couleurs), Allô Jeanine, Fièvres (T. Rossi), Simplet (Fernandel), Le Mariage de Ramuntcho (1er film français en couleurs). Des titres dont les plus âgés se souviennent peut-être ou leur laissent quelques souvenirs.

Un fait divers, lié à l'histoire du Cinéma à Fosses, est à signaler. Pendant la guerre, c'était un appelé Antoine Taxhet qui était opérateur. Cet homme pourtant paisible, avait la réputation d'avoir des idées pro-allemandes et à cette époque, des règlements de compte se faisaient sans que l'on sache qui en étaient les auteurs. M. Taxhet habitait une petite maison située dans le bas de la rue du Postil. Un dimanche soir, en revenant de la dernière séance, dans la rue obscure des Egalots (aucun éclairage n'était autorisé pendant la guerre), un inconnu (on a su qui par la suite) tua M. Taxhet d'une balle de revolver. La semaine suivante, en guise de représailles et d'enquête, les Allemands sont venus à la sortie du Cinéma, vérifier toutes les cartes d'identité des jeunes spectateurs qui craignaient, eux, d'être poursuivis. M. Mathieu se trouvait donc sans opérateur car son fils Maurice, tenait à conserver ses occupations professionnelles. Il avait été remplacé par Joseph Villers, d'Aisemont, encore très jeune, mais mordu de cinéma. Celui-ci remplit dès lors les fonctions de M. Taxhet comme opérateur.

M. Mathieu décéda en août 1953 ; dès lors le cinéma a été repris assez logiquement par Joseph Villers. Bien connu des Fossois, Joseph habite aujourd'hui à Gilly et c'est à lui que nous devons l'ensemble des informations publiées dans nos articles. Qu'il en soit ici remercié.

Les spectacles se sont poursuivis. On se souvient qu'en plus des actualités et du grand film, le Cinéma proposait un second film et de temps à autre, pour apporter un plus aux séances, M. Villers proposait, malgré un prix modique du ticket (voir reproduction), diverses attractions.

Encore une fois, les souvenirs des Fossois plus âgés seront remis en éveil. Il y eut : Les Marchants (les as du diabolo, revenant tout droit d'Amérique, John William (le célèbre chanteur noir, Salma-Bim Fakir (planche à clous et échelle de sabres et tonneau rempli de tessons), Mimile Tignase (le prince de l'humour, Bob Dechamps, déjà (chanteur wallon), Gisèle Robert (partenaire de Luis Mariano dans le film A la Jamaïque/, Les Delairs (acrobates aériens) ; Les Thaï-Hé (virtuoses de l'harmonica), Luc Varenne (célèbre reporter sportif), Stéphane Steeman (imitateur), Lou Stenley (magicienne moderne), Les Rollings Stars (équilibristes sur rouleaux), Joseph Leruth (ancien Gadis devenu Fossois, accordéoniste de talent), Michel Elbaz (baryton du Théâtre de la Gaieté) et enfin La Malle sanglante (à l'intérieur la chanteuse Ida Stell), un spectacle époustouflant ; la malle est transpercée de 120 sabres, le couvercle est alors soulevé et le public est invité (pour 5 F) à venir voir la chanteuse dans son inconfortable position. L'expansion du cinéma, en tant que loisir, était entré dans les mœurs. Le cinéma était le divertissement le plus populaire et le plus répandu, un peu comme l'est la télévision aujourd'hui. Toutes les petites localités possédaient le sien : dans la région, il y en avait un à Floreffe, à Mettet (Ciné-Variétés), à Bois-deVillers (salle paroissiale) ; Tamines en avait trois, l'agglomération namuroise une dizaine ou plus encore.

A grand renfort de publicité, les quotidiens présentaient les programmes de chaque salle. Les journaux toutes boites, qui commençaient à se généraliser, remplissaient leurs pages de ces annonces de films. Devant ce phénomène, une seconde salle a failli voir le jour à Fosses. Les Amis du Vieux Moulin, une asbl qui avait acheté et transformé le Vieux Moulin, envisagea la construction d'une salle de cinéma, derrière la Taverne, à un endroit juste disponible de la ruelle des Brasseurs. Des plans avaient été dressés, un haut mur en blocs fut tout d'abord construit pour soutenir les terres du jardin de M. Loiseau (aujourd'hui Le Castel) ; les jalons étaient posés, mais les poussées importantes des terres firent craquer la maçonnerie et le projet fut finalement abandonné.

En 1953 donc, M. Mathieu décédait. Son successeur comme tenancier du Cinéma fut Joseph Villers, qui avait déjà fait ses premières armes à l'époque de M. Mathieu. Nous avons vu la semaine dernière qu'il agrémentait ses séances d'attractions diverses. Au niveau cinéma, de très grands films furent projetés à Fosses.

On se souvient des grands succès de

- Le Train sifflera trois fois

- Le plus grand spectacle du monde

- Jeux interdits

- Tant qu'il y aura des hommes

- La Guerre des mondes

- Calamity Jane

- Capitaine de Castille - Zorro

- Violettes impériales

( photo, prêtée par M. Francis Chanteur, de Charleroi).

 

En 1955, le cinémascope était né, il fallait s'adapter et le Cinéma Moderne bénéficia d'un écran géant de 6 m sur 10 m. ce qui permit aussi de passer de très grands films, comme

- La Fureur de vivre

- Le Bouclier noir

- La Terre des Pharaons (v. photo)

- Le Prince étudiant

- Le Calice d'argent

- Le Pont de la rivière Kwaï

- L'Allée sanglante

- Géant

- Une Etoile est née

- L'Homme des vallées perdues, etc.

Joseph Villers s'était entouré d'un personnel fossois, habitant sur place et qui assurait le bon fonctionnement des soirées ; on se souvient notamment d'Hector Michel, de Victor Jaumotte, de Jules Lemière, d'Albert Burton (au contrôle des tickets), etc.

Le Cinéma Moderne organisait aussi des séances récréatives, au cours desquelles la générosité de M. Villers effaçait toute notion de profit. Le mercredi 1er décembre 54, il annonçait : à 14 h 30, St Nicolas et sa suite (plus de 20 participants) arrivent au Cinéma Moderne projection de dessins animés et remise d'un gros sachet de confiseries. Invitation cordiale à tous. Entrée gratuite.

Le cinéma en relief (qui nécessitait le port de lunettes distribuées à l'entrée) eut aussi son heure de gloire. Le Cinéma Moderne suivait toutes ces nouvelles techniques. En avril 1955, une annonce propose au public : « projection du film metroscopix en relief. Vous assisterez à un meurtre, et pour vous remercier de votre présence, un sque-lette vous envoie sa tête ; effrayant, époustouflant

L'effort de M. Villers était réel et pour informer le public, un mercredi de février 1956, à 19 h 30, une séance spéciale était destinée à la présentation des films projetés en cours d'année. L'entrée était gratuite, + tombola.

1956 était une année septennale. Pour la Saint-Feuillen, la salle était alors à la disposition du public où les marcheurs, pouvaient se restaurer pendant midi. Une annonce est faite : dimanche 30 septembre, à partir de 12 h : restauration possible (400 places). Au menu (40 F) Potage, tomates crevettes, frites et dessert, ou : Potage, boulettes, légumes, frites et dessert.

Le soir du dimanche 30 septembre, ainsi que le lundi, un grand bal était annoncé, les deux soirs, par l'orchestre « fluorescent » de Lou Botteman et sa grande formation ; un spectacle de toute beauté, du jamais vu dans notre ville. Entrée 10 F (vestiaire 5 F) (rens. Fourmis par M. José Dekeyser, de Waterloo).

Le week-end suivant, le Cinéma Moderne passait un grand film en cinémascope et en couleurs « Le Prince étudiant », un film musical de toute beauté. Comme nous l'expliquions précédemment, le succès des salles de cinéma alla décroissant, avec le développement de la TV. La survie des cinémas, tant en ville que dans les plus petites localités, devenait difficile. M. Villers, qui exploitait un commerce de grossiste en confiserie se consacra uniquement dans ce créneau et abandonna le cinéma, devenu peu rentable.

Le Syndicat d'Initiative de Fosses eut alors l'idée de l'exploiter, à l'aide de bénévoles. Le cinéma prit alors le nom de « Ciné Le Lido » . Cet organisme poursuivit les séances à son profit, ce qui attirait tout de même quelques dizaines de spectateurs chaque dimanche. On se souvient du dévouement de Jacques Piéfort, qui passait ainsi ses dimanches, aidé dans sa tâche par l'une ou l'autre recrue. Daniel Piet, qui faisait partie de ces bénévoles, nous raconte les souvenirs de cette époque, dans un article que nous reproduirons la semaine prochaine.

Comme nous l'expliquions précédemment, le succès des salles de cinéma alla décroissant, avec le développement de la TV. La survie des cinémas, tant en ville que dans les plus petites localités, devenait difficile. Daniel Piet, qui fit partie des administrateurs du Syndicat d'Initiative de l'époque, nous raconte ses souvenirs, lorsque cet organisme fossois reprit à son compte le cinéma fossois, en lui donnant une nouvelle enseigne : Le Lido.

S'il s'appelait au départ Le Cinéma Moderne, on l'a aussi dénommé « Le Lido » dans les années '70. Il était géré à l'époque par le Syndicat d'Initiative, dont le président était Edgard Brogniez (le père de Nelly). Le secrétaire était Roger Angot et, parmi les administrateurs, on trouvait Jean-Pierre Mauclet, Jacques Piéfort (père), Daniel Piet, Geneviève De Suray et Freddy Dufrasne.

On « faisait » cinéma tous les dimanches à 14 h 30 ; les administrateurs vendaient les tickets et les bonbons à tour de rôle. Au parterre, on payait 15 F, au balcon 25 F. Pendant la séance, Jacques Piéfort, armé d'une torche, traquait les resquilleurs. Il faut bien dire que, pour le deuxième film, après l'entracte, les gamins et les filles se retrouvaient au balcon. C'était plus chaud.

Je me souviens qu'on avait programmé des cornichonneries comme Naples au baiser de feu, avec Tino Rossi et Les Rois du Sport, avec Raimu ! Mais, pour se faire pardonner, on s'était bien rattrapé par la suite avec une trilogie des westerns exceptionnels que j'avais été louer chez un distributeur bruxellois : Johnny Guitar, de Nicholas Ray, Rio Bravo, de Howard Hawks et surtout Le Train sifflera trois fois, de Fred Zinneman, qui obtint 3 Oscars. (Il y avait aussi L'arrière-train sifflera trois fois, mais c'était un film érotique, et le comité de censure composé de MM. Brogniez et Angot l'avait interdit).

Bertrand Tavernier, metteur en scène français, dans Les Cahiers du Cinéma n'a pas manqué de souligner combien le western était l'expression de la démocratie du cinéma.

Justement, à propos du film de Zinneman, il avait failli ne jamais voir le jour. En effet, un sénateur américain du nom de Mac Carthy avait orchestré une véritable chasse aux sorcières envers les acteurs et metteurs en scène aux sympathies communistes : Jules Dassin, Elia Kazan sont inquiétés ; Cart Forman et Chaplin se réfugient en Angleterre. Fred Zinneman a toutes les peines du monde à achever le montage du film. Même Gary Cooper est interrogé par la Commission des activités antiaméricaines. C'est une folie collective qui transparaît derrière chaque plan du film de Zinneman.

Trois Oscars vont récompenser cette mini-révolution dans le monde figé du western: un pour Cooper et un pour Dimitri Tiomkin et sa fameuse chanson Si toi aussi tu m'abandonnes... (en anglais : Do not forsake me, oh my darling, on this our wedding day...) ; ce n'était plus un « film de cow-boys » mais un film politique.

Sept années plus tard, Howard Ha WKS, avec Rio Bravo, prenaient le contre-pied de Zinneman, en traitant le thème de l'homme seul d'une manière totalement différente. John Wayne était ici aidé par le poivrot Dean Martin et la belle Angie Dickinson. Il y avait même un chanteur du nom de Ricky Nelson, qui créa plus tard le fameux « Hello Marylou... ». Ce n'était plus un western, mais un film comique.

Nous l'avions aussi projeté au ciné Le Lido à Fosses, en 1971. Toute une époque.

Bye bye, poor lonesome cow-boy...

Daniel PIET

Malgré les difficultés que représentaient cette exploitation, le S.I. de Fosses, avec ses bénévoles, tenta jusqu'au bout de maintenir cette activité. Vers 1976, des programmes présentaient les films à venir (v. reproduction ci-dessous/, et étaient annoncés dans notre journal. Mais le bénévolat n'a qu'un temps et, même de cette façon, les bénéfices ne récompensaient guère le dévouement exigé. « Le Lido » fonctionna sans doute jusque vers ces années 1976-77.

Et puis ce fut la vente du bâtiment La Commune de Fosses se montra intéressée, pour y faire une salle de fêtes. Il fallut y faire de très importantes transformations : tout d'abord pour supprimer la pente qui ne convenait pas pour une salle de fête, puis répondre aux normes de plus en plus exigeantes de sécurité. Les travaux dureront très longtemps. Les pièces habitables furent consacrées au café (L'Orbey) qui fut ensuite séparé de la salle, qui prit le nom de « Salle L'Orbey ».

Qu'en était-il dès lors du cinéma qui avait conquis notre petite ville, comme beaucoup d'autres localités du pays. Ce cinéma qui attira tant de public, principalement entre 1935 et 1965, dont l'essor ne dura finalement qu'une bonne trentaine d'années, avant d'être absorbé par la télévision ?

A Fosses, le cinébus provincial fit de temps à autre son apparition, et permettait de voir quelques films plus récents. Avec sa petite salle montée en quelques minutes et sa trentaine de sièges, il devait satisfaire quelques mordus. Mais là non plus, le public ne répondait guère.

Et pourtant, aujourd'hui, de nouveaux complexes se créent en ville, regroupant de petites salles et présentant les films récents, qui devancent la TV. Cette évolution permettra-t-elle de concurrencer le petit écran ? Ou simplement de survivre ? L'avenir nous l'apprendra.

Mais le cinéma en tant qu'industrie n'a jamais été menacé, car on n'a peut-être jamais autant produit de films qu'aujourd'hui... et de téléfilms. La fiction a toujours fait rêver et n'est pas l'apanage des adultes, loin de là. Le cinéma a de l'avenir, c'est certain. Les nouvelles techniques (DVD...) lui apportent leur aide. A condition que ce soit... à domicile, dans son fauteuil ! Mais la technique n'a peut-être pas encore dévoilé toutes ses possibilités.

FIN

 

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l'Histoire du cinéma à Fosses

Remarques

Suite au texte paru dans Le Messager n° 1 du 3-1-2003, je me permets d'apporter plus de précisions et de signaler les oublis, que je pense involontaires, de la part de D. Piet. Il est écrit : - A l'époque, dans les années 1970, le cinéma était géré par le S.I. dont le président était Edgard Brogniez, le secrétaire Roger Angot. Je regrette qu'on ne fasse pas mention du trésorier qui était Lucien Boigelot. J'ai été trésorier du S.I. pendant plusieurs années, j'ai démissionné en même temps que le président et le secrétaire, vers fin 1971.

A l'époque, il y avait, bien sûr, comme administrateurs : J.-P. Mauclet, Jacques Piéfort, Daniel Piet, Freddy Dufrasne, etc. D'après mes archives, on ne faisait pas uniquement cinéma à 14 h 30, mais également en soirée. Il y avait une alternance pour assurer le service vente de boissons, surveillance, etc. Mais la vente des tickets à l'entrée était assurée par un charmant Monsieur Edouard, qui habitait dans une roulotte sur la place du Centenaire.

Les opérateurs étaient payés ; M. Angot s'occupait de choisir les films, de les faire livrer et de les renvoyer. Moi, je m'occupais des finances, de la Sabam, etc. Je me souviens des prestations, avec mon épouse, en soirée le dimanche. Je revenais du week-end en Ardennes pour ce travail entièrement bénévole.

- En 1969, j'ai presté 14 séances ; Les autres étaient assurées par M. Angot et son épouse, M. Brogniez et son épouse.

- En 1970 : 19 séances ; 13 séances par d'autres bénévoles.

- En 1971 : 6 séances. Il y avait des périodes de relâche, comme p. ex. en juillet, jusqu'au 15 août.

- En 1969, les équipes étaient formées pour les séances du soir : le couple Boigelot, le couple Angot, le couple Brogniez.

- En 1970, les équipes étaient

Brogniez-Boigelot

Brogniez-Angot

Brogniez-Piéfort

Piéfort-Boigelot

Piéfort-Dufrasne

Angot-Dufrasne

- En 1971

Piet-Mauclet

Hougardy-Dufrasne

Boulanger-Piet

Boulanger-Piéfort

Hougardy-Piéfort

Boulanger-Piet

Boulanger-Piéfort

Brogniez-Romain

Un petit bénéfice était possible à cette époque, puisque toutes les personnes étaient entièrement bénévoles.

Après la formation d'un nouveau comité du S.I., le service a été assuré, mais plus d'une manière totalement bénévole, ce qui a provoqué un malaise financier et a entraîné le fermeture du cinéma.

Pour 1969-70 et 71, je possède les dates des séances, les bénévoles et les noms de certains films projetés en 1969.

Je tiens à préciser que le bâtiment « cinéma » a été acheté par la Commune pendant la majorité absolue socialiste, sous la conduite du bourgmestre Octave Deffeur et des échevins Richard Legrain et Lucien Boigelot.

L. Boigelot

Nous remercions M. Boigelot pour toutes ces précisions, qui rappellent bien des souvenirs ; et cela indique aussi qu'il est toujours intéressant de tout conserver.

Toujours à propos de

l'Histoire du cinéma à Fosses

Réponse

Bien sincèrement, j'avais complètement oublié le nom du trésorier du S.I. en 1970. C'est donc involontairement que je n'avais pas cité Lucien Boigelot dans mon article d'il y a quinze jours.

J'aurais dû m'en souvenir pourtant en effet, cette année-là, en 1970, j'étais co-listier de Lucien (et le plus jeune candidat de la commune) sur la liste du PSB (pas encore devenu PS) aux élections communales.

L'article que j'ai rédigé l'a été uniquement de mémoire. Tandis que Lucien, lui (il me l'a dit la semaine dernière) tient note de tout : PV, noms, rapports de réunions, comptes... depuis un demi-siècle !

En fait, ceci est bien la preuve que, pour ceux qui en doutaient encore, que Lucien Boigelot lit Le Messager de A à Z chaque semaine. Et qu'il passe les articles à la loupe !

Petite anecdote à propos du « charmant Monsieur Edouard » dont parle Lucien. En fait ce monsieur, qui contrôlait les tickets, était le mari de Rosa qui tenait une friture (et pas une friterie comme on dit à Paris) sur la place du Centenaire. Dès que le film était commencé, Edouard, grand adepte des bières Ekla et Prim'tout, filait en douce chez Philomène du Coco, qui tenait le café des Colombophiles, place du Marché (aujourd'hui La Posterie).

Quatre heures plus tard, Edouard, dans un dernier effort, tentait de revenir par la rue des Tanneries, en titubant, pour la fin du second film. Et c'était ainsi tous les dimanches. Lucien me l'a confirmé au téléphone (Il èstè plin tos lès dïmègnes !). Et dire que Rosa croyait dur comme fer qu'Edouard, en cinéphile averti, passait ses après-midi au cinéma

Daniel PIET

Souvenirs déjà lointains

Lors des articles sur l'Histoire du Cinéma à Fosses, nous avions fait le tour des différents endroits où l'on « a fait cinéma » à Fosses par le passé. De bonne sources, on nous précise que M. Brosteaux, qui habitait sur la place du Marché, la maison actuellement occupée par le S.I. (Maison de la Culture et du Tourisme) avait aussi (peut-être occasionnellement ?) présenté des séances, à l'aide d'un matériel qui, sans doute, lui appartenait. Mais les souvenirs sont tellement lointains que peu de Fossois s'en souviennent.